Henry David THOREAU, On the Duty of Civil Disobedience

Résumé tiré de Walden and the famous essay on “Civil Disobedience” , New-York, Signet Classics, The New American Library of World Literature, Inc., 8e édition, 1963, pp. 222-240 (édition originale américaine : 1849).

“ Government is at best but an expedient ; but most governements are usually, and all governments are sometimes, inexpedient. ” [1] (p. 222).

Le gouvernement peut être le jouet des gouvernants, qui s’en servent pour satisfaire leurs propres intérêts, comme pour la guerre contre le Mexique. Le gouvernement n’accomplit pas d’action utiles : celles-ci sont le fait des seuls individus, qui pourrait souvent en accomplir bien plus s’ils ne trouvaient sur leur chemin les obstacles que le législateur y place continuellement.

Mais : “ But, to speak practically and as a citizen, unlike those who call themselves no-government men, I ask for, not at once no government, but at once a better government. Let every man make known what kind of government would command his respect, and that will be one step forward obtaining it.” [2] (p.223).

La majorité ne règne en effet que par la force, et pas par la justice.

“ I think that we should be men first, and subjects afterward. It is not desirable to cultivate a respect for the law, so much as for the right. The only obligation which I have a right to assume, is to do at any time what I think right. ” [3] (p. 223).

Le respect de la loi fait de nous des agents de l’injustice, abdiquant notre conscience au service de l’État, comme des machine ou des esclaves.

Or le gouvernement américain actuel est mauvais, bien plus que ne l’était la domination britannique avant la Révolution de 1775, puisqu’un sixième de la population est composé d’esclaves et que la terre des indiens est conquise par la force. On a donc le devoir de se révolter. On ne doit pas, comme le fait Paley, établir la balance des avantages et des inconvénients de l’insurrection. Il faut agir selon la justice “ cost what it may ” [4] (p. 225), et même si cela doit léser nos intérêts immédiats et vitaux.

Sous le règne de la démocratie, de nombreux citoyens peuvent percevoir qu’une politique est mauvaise, mais n’agir pas concrètement pour en changer. Leur vote est sans valeur :

“ All voting is a sort of gaming, like chequers or backgammon, with a slight moral tingue to it, a playing with right and wrong, with moral questions (…). Even voting for the right is doing nothing for it. It is only expressing to men feebly your desire that it should prevail. ” [5] (p.226).

Et ceci d’autant plus que la majorité provient de l’agrégation des mobiles les plus divers, et ne reflète que l’instinct grégaire du commun des mortels.

Pour lutter efficacement contre une loi injuste, il ne faut pas espérer convaincre la majorité de la changer lors des prochaines élections. Il faut agir directement, en refusant son concours et ses impôts au gouvernement. Si les honnêtes hommes cessaient de payer leurs impôts, s’ils démissionnaient de leurs charges de fonctionnaires pour n’avoir pas à appliquer un ordre injuste, s’ils se retrouvaient tous en prison, leur influence serait accrue par la mise à jour de l’injustice, et ferait rapidement céder le gouvernement. Ceci sans effusion de sang, de manière pacifique.

A vrai dire, la confiscation des biens des récalcitrants aurait le même effet que leur emprisonnement. Mais en pratique, seuls sont susceptibles de se dresser contre le gouvernement ceux qui n’ont guère passé beaucoup de temps à accumuler des propriétés. En effet, la richesse diminue la capacité de résistance de ceux qui en jouissent, et qui sont liés par elle à la domination de l’État :

“ The opportunities of living are diminished in proportion as what are called the “means” are increased. ” [6] (p. 232).

Puisque les pauvres n’ont guère de protection à attendre du gouvernement existant, il leur est loisible de s’en passer. Celui-ci, accoutumé à être obéi du fait de sa force physique supérieure, se trouve alors comme désarmé et sans force :

“ As they [les concitoyens de Thoreau] could not reach me, they had resolved to punish my body [en l’emprisonnant] ; just as boys, if they cannot come at some person against whom they have a spite, will abuse his dog. ” [7] (p. 233).

En fait, Thoreau ne propose pas de refuser par principe de payer tous les impôts : les contributions pour les écoles, ou les péages pour l’entretien des routes sont justifiés. Il veut simplement ne pas payer pour “ any incorporated society which I had not joined ” [8] (p 233), comme les églises ou l’État lui-même. En effet, le gouvernement est l’affaire d’hommes expérimentés, ingénieux et éloquents, mais habitués à traiter les affaires publiques comme des actes purement techniques, ne demandant aucune conscience du Bien et du Vrai :

“ The lawyer’s truth is not truth, but consistency, or a consistent expediency. ” [9] (p. 239).

L’individu est traité par eux comme un sujet du droit, et non comme un bon voisin raisonnable et soucieux de ne pas s’attacher d’ennemi en ne se préoccupant que de son propre intérêt.

Si l’on peut repérer un progrès historique dans le passage de la monarchie absolue à la monarchie constitutionnelle, puis à la démocratie, celui-ci consiste en ce que l’individu y acquiert de plus en plus de respect. Mais la démocratie elle-même est appelée à être dépassée :

“ There will never be a really free and enlightened State, until the State comes to recognize the individual as a higher and independent power, from which all its own power and authority are derived, and treats him accordingly. ” [10] (p. 240).

1 “ Le gouvernement n’est au mieux qu’un expédient ; mais la plupart des gouvernements sont généralement, et tous les gouvernements sont parfois, inutiles. ”  Toutes les traductions sont de moi.

2 “ Mais en fait, comme citoyen, au contraire de ceux qui se proclament ennemis du gouvernement, je demande, non pas tant l’abolition du gouvernement qu’un meilleur gouvernement. Laissons chacun faire savoir quel type de gouvernement forcerait son estime, et ce sera déjà un pas dans la voie de l’obtenir. ”

3 “ Je pense que nous devrions d’abord être des hommes, et ensuite seulement des sujets. Il n’est pas désirable de cultiver un trop grand respect pour la loi, non plus d’ailleurs que pour le droit. L’unique obligation à laquelle j’ai le droit de me soumettre est de toujours faire ce qui me semble juste. ”

4 “ Quoi qu’il en coûte. ”

5 “ Chaque vote est une sorte de jeu, comme les dames ou le backgammon, avec une légère nuance morale, un jeu avec le bien et le mal, avec les questions morales (…). Même voter pour le bien n’est rien faire pour lui. C’est seulement exprimer faiblement son désir qu’il l’emporte. ”

6 “ Les possibilités de vivre sont diminuées en proportion de l’accroissement de ce qu’on appelle les moyens. ”

7 “ Comme ils [les concitoyens de Thoreau] ne pouvaient pas m’atteindre, ils avaient décidé de punir mon corps [en l’emprisonnant] ; tout comme des lascars, s’ils ne peuvent venir à bout d’une personne contre laquelle ils nourrissent quelque rancune, vont blesser son chien. ”

8 “ n’importe quelle société constituée à laquelle je n’aurais pas adhéré. ”

9“ La vérité du juriste n’est pas la vérité, mais la logique, ou une utilité logique. ”

10 “ Il n’y aura jamais d’État réellement libre et éclairé tant que l’État ne reconnaîtra pas l’individu comme un pouvoir indépendant et supérieur, duquel dérive tout son pouvoir et son autorité, et qu’il ne le traitera pas en conséquence. ”

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